Le reportage du 20H de TF1 sur le RAID en Martinique a frappé les esprits. Derrière les images, les chiffres racontent une violence armée devenue hors norme à l’échelle des Antilles françaises. Fort-de-France de nuit — JLXP / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 40 homicides en Martinique en 2025 34 sur 40 commis avec une arme à feu en Martinique 47 homicides recensés en Guadeloupe en 2025 selon les chiffres communiqués au Parlement 2,6 homicides pour 100 000 habitants dans les Bouches-du-Rhône en 2025 Dimanche 30 août 2026, à 19 h 57, TF1 diffuse un sujet de 6 minutes 46 consacré au RAID en Martinique. Des policiers casqués, des interventions à domicile, des suspects potentiellement armés, des braquages et, en toile de fond, la cocaïne. À l’écran, les images rappellent celles que l’on associe habituellement aux grandes villes gangrenées par le narcotrafic. Sauf qu’ici, nous sommes à Fort-de-France.
Quand le RAID devient une présence du quotidien
Le reportage suit les hommes de l’antenne du RAID installée à Fort-de-France lors d’une opération visant un jeune Martiniquais de 18 ans recherché dans une affaire comprenant notamment tentative de vol à main armée, recel et homicide. Le suspect est considéré comme potentiellement armé. Les policiers investissent une résidence. Il a disparu. Le plus saisissant n’est pourtant pas l’échec ponctuel de l’interpellation. C’est le rythme raconté par les images. TF1 rappelle que la section martiniquaise du RAID n’existe que depuis quatre ans et qu’elle est déjà, au quotidien, la plus sollicitée des antennes françaises de l’unité. Une unité d’élite créée il y a quatre ans seulement, déjà devenue la plus sollicitée au quotidien : ce chiffre dit à lui seul le changement d’échelle. Le reportage montre également la sécurisation de centaines de kilos de cocaïne saisis, rappelle la circulation croissante des armes et décrit des braqueurs qui n’hésitent plus à tirer. Ce n’est plus seulement une succession de faits divers. C’est une question de société. Voir le reportage original du JT de 20H TF1+
Marseille : une comparaison spectaculaire… mais à manier avec précaution
La comparaison avec Marseille vient spontanément à l’esprit. Mais les statistiques publiques françaises ne permettent pas de disposer d’un taux d’homicide officiel pour la seule ville de Marseille. L’échelle la plus fine publiée de façon homogène est départementale : celle des Bouches-du-Rhône. Ordre de grandeur du taux d’homicide en Martinique et en Guadeloupe en 2025, selon les données disponibles. Taux calculé pour les Bouches-du-Rhône en 2025 à partir de 55 homicides et de la population départementale. Le résultat reste saisissant : rapporté à la population, le niveau d’homicides observé aux Antilles est très supérieur à celui du département qui englobe Marseille. Cela ne signifie pas que Fort-de-France ou Pointe-à-Pitre seraient « Marseille ». Les réalités sociales, géographiques et criminelles sont différentes. Mais cela oblige à regarder la situation antillaise sans minimisation. À retenir. Le titre pose volontairement la question. Dans le corps de l’article, la comparaison est faite avec les Bouches-du-Rhône et non avec la seule ville de Marseille, faute de statistique officielle comparable à cette échelle.
L’arme à feu change la nature de la violence
La Martinique a recensé 40 homicides en 2025, dont 34 commis avec une arme à feu. En Guadeloupe, les chiffres communiqués au Parlement font état de 47 homicides, 237 tentatives d’homicide et 286 armes saisies sur la même année. Armes saisies ou déposées en Martinique avant destruction, novembre 2025. Photo : Mélissa Grutus / RCI. Droits de reproduction à valider avec RCI avant publication commerciale. Le problème n’est pas seulement le nombre de conflits. C’est la capacité de ces conflits à devenir létaux. Une altercation qui, hier, se terminait par des coups peut aujourd’hui se terminer par une balle. En novembre 2025, 1 120 armes — dont 528 armes à feu — ont été détruites en Martinique après avoir été saisies ou déposées.
Que s’est-il passé dans une partie de notre jeunesse ?
Il serait injuste de parler de « la jeunesse martiniquaise » ou de « la jeunesse guadeloupéenne » comme d’un bloc violent. L’immense majorité des jeunes étudient, travaillent, entreprennent ou cherchent simplement à construire leur avenir. Mais les profils très jeunes apparaissant dans certaines affaires ne peuvent pas être ignorés. En 2025, le taux de chômage des 15-29 ans atteint 33 % en Martinique et 32 % en Guadeloupe, contre 15 % en France métropolitaine. Le taux d’emploi des jeunes n’est que de 30 % en Martinique et 29 % en Guadeloupe, contre 49 % dans l’Hexagone. Ces chiffres ne prouvent évidemment pas qu’un jeune sans emploi bascule dans la criminalité. Mais ils décrivent un environnement de fragilité dans lequel l’argent rapide du trafic, les réseaux, l’économie souterraine et les armes peuvent exercer une attraction accrue sur une minorité. Le chômage ne fabrique pas des criminels. Mais l’addition du décrochage, de l’argent du trafic et des armes crée un terrain que la société ne peut plus ignorer.
Le véritable danger serait la banalisation
S’habituer aux sirènes. S’habituer aux armes récupérées. S’habituer au décompte des morts. S’habituer à apprendre qu’un garçon de 18, 20 ou 23 ans vient de tomber sous les balles. Chaque homicide est une victime, une famille, des proches. Chaque jeune happé par un réseau est aussi la démonstration d’un échec collectif à prévenir, repérer ou offrir une alternative. Le reportage de TF1 a mis des images nationales sur une réalité que les Antillais connaissent déjà. Il peut devenir un électrochoc. À condition que l’on refuse d’en faire seulement un spectacle.
Refuser de s’habituer
Une société commence réellement à perdre la bataille contre la violence le jour où la violence ne l’étonne plus.
Sources principales
- TF1 / JT de 20H, « Le RAID face à la violence en Martinique », 30 août 2026 : tf1.fr
- TF1 Info, « Les braqueurs n’hésitent pas à tirer : le RAID face à la violence extrême en Martinique », 31 août 2026 : tf1info.fr
- France-Antilles Martinique, « Un dramatique décompte : 40 homicides en 2025 », 6 janvier 2026 : franceantilles.fr
- Assemblée nationale, question n°16038 sur la situation sécuritaire en Guadeloupe : assemblee-nationale.fr
- Insee Analyses Martinique n°83, mai 2026 : insee.fr
- Insee Analyses Guadeloupe n°91, mai 2026 : insee.fr
- RCI Martinique, destruction de plus de 1 100 armes, 4 novembre 2025 : rci.fm
- 20 Minutes, vérification des données d’homicides dans les Bouches-du-Rhône en 2025, 14 février 2026 : 20minutes.fr
Crédits visuels : la vue de Fort-de-France est publiée sous licence CC BY-SA 4.0. La photographie RCI est utilisée ici comme proposition de maquette éditoriale ; obtenir l’autorisation de reproduction de RCI avant mise en ligne commerciale.
