Page éditoriale OUTREMER le mag intitulée Entre inquiétude et lumière
ÉDITO — Entre inquiétude et lumière Andrée Simonnot — Directrice de la publication « Nos territoires doutent parfois, se fâchent souvent, mais savent aussi danser, célébrer, inventer, entreprendre et se relever. » Depuis plusieurs mois, les voyants clignotent au rouge. En Guadeloupe comme en Martinique, mais aussi en Guyane, les signes d’une crise annoncée se multiplient. Le climat social se tend, les inquiétudes économiques s’installent et les alertes se succèdent. Organisations syndicales, acteurs économiques, chefs d’entreprise, salariés : chacun, à sa manière, exprime le sentiment que nos territoires arrivent à un point de bascule. La colère existe. L’inquiétude aussi. Mais une question demeure : jusqu’où sommes-nous prêts à aller, et surtout, pour quel résultat ? Le souvenir de 2009 Car dans nos mémoires résonne encore 2009. Cette année-là, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane ont été traversées, à des degrés et selon des modalités différentes, par de puissantes mobilisations sociales. Elles ont mis en lumière des problématiques qui, malheureusement, nous sont encore familières : vie chère, pouvoir d’achat, salaires, inégalités, coût des produits de première nécessité et sentiment persistant d’un modèle économique arrivé à bout de souffle. Ces mouvements avaient fait naître beaucoup d’espoirs. Ils ont aussi laissé derrière eux des déceptions et, chez une partie de la population, le sentiment que certaines avancées obtenues au prix de semaines de mobilisation n’avaient pas produit tous les changements structurels espérés. En Guadeloupe notamment, la question des « 200 euros » et l’application de l’accord Bino restent associées, dans la mémoire collective, à cette période. Près de vingt ans plus tard, que reste-t-il véritablement de 2009 ? Cette question mérite d’être posée, non pour raviver les blessures du passé, mais pour éviter de reproduire les mêmes erreurs. Si une nouvelle crise sociale devait éclater, elle ne pourrait se contenter d’être une répétition du passé. La Guadeloupe, la Martinique et la Guyane ont trop à perdre. Il faudrait qu’elle débouche cette fois sur des réponses concrètes et durables : pouvoir d’achat, emploi, eau, logement, sécurité, développement économique, services publics et avenir de notre jeunesse. La Diwali, une parenthèse de lumière Et heureusement, nos territoires ne vivent pas seulement au rythme des crises et des mauvaises nouvelles. Il y a aussi ces rendez-vous qui nous rassemblent, nous ressemblent et nous rappellent la richesse de ce que nous sommes. Parmi eux, la célébration de la Diwali, fête de la lumière et temps fort de l’indianité, porte cette année une promesse particulièrement bienvenue : celle de la fête, du partage, de la transmission et de la rencontre entre les cultures qui composent notre identité. « Dans une actualité parfois lourde, un peu de lumière ne se refuse pas ! » Cap sur la Route du Rhum 2026 Des lumières de la Diwali aux voiles de la Route du Rhum, il y aura donc aussi de belles raisons de célébrer. La Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2026 se profile. Au-delà de la compétition sportive, cet événement constitue une formidable vitrine pour notre territoire, son savoir-faire, sa culture, ses entreprises, ses artistes, ses paysages et cette capacité presque insolente que possède la Guadeloupe à séduire ceux qui la découvrent. L’envie de croire encore en nos territoires Notre image est aujourd’hui fragilisée par une violence qui progresse et qui frappe trop souvent notre jeunesse. Mais la Guadeloupe ne peut pas être résumée à ses difficultés. Pas plus que la Martinique ou la Guyane ne peuvent être réduites à leurs crises. Nos territoires sont aussi des terres de talents, de création, d’audace, de cultures et d’initiatives. Des territoires qui doutent parfois, qui se fâchent souvent, mais qui savent aussi danser, célébrer, inventer, entreprendre et se relever. Nous avons de sérieuses raisons de nous inquiéter, mais certainement pas de renoncer à espérer. Parce qu’au fond, malgré les difficultés, les colères et les désillusions, il nous reste une chose essentielle : l’envie de croire encore en nos territoires.